Ma foi est toute personnelle. Je crois en une « intelligence » supérieure sans pouvoir lui donner un nom. Je crois en la réincarnation. J'ai peut-être une philosophie bouddhiste sans y adhérer complètement. Je peux prier un bouddha, mais aussi une vierge, un christ, des anges. Je me sens bien et me ressource dans un temple, dans une église, dans la nature, à la vue d'une fleur ou d'un oiseau. Je crois à mes anges gardiens, je sens souvent leurs présences et leur amour. Je crois aux divers bouddhas et m'extasie de leur beauté ; j'aime lire et comprendre - du moins essayer -, leurs enseignements. Tout m'apporte et me fait dire que nous ne sommes jamais seuls. Que nous sommes aidés et aimés. Peu importe le visage de cette aide, elle est multiple et prend différentes formes et religions. Je puise dans cette diversité pour créer ma religion à moi, au moins je suis sûre de ne pas me tromper ! Ma religion est pleine d'amour, de compassion et j'essaie de ne pas faire aux autres ce que je n'aimerais pas que l'on me fasse. Cela m'a longtemps perturbée de ne pas adhérer complètement au bouddhisme, au catholicisme et à bien d'autres Noms encore. Je puise dans tous les enseignements pour accéder à ma Vérité, ma Religion, ma Spiritualité. Ne sommes-nous pas nous-mêmes des êtres multiples et différents ! Je me sens reliée aux autres, à toutes formes de vie et d'amour. Je me sens dans ma justesse et c'est cela le plus important. Du moins, ça l'est pour moi.
Je veux être libre et je me sens libre de penser, d'aimer, de prier, comme j'en ai envie et pas seulement en récitant des phrases qui, à force d'être répétées, n'ont plus aucun sens. Lorsque je fais le vide en moi et m'adresse à la force d'amour qui m'habite, je lui parle et je l'aime, la respecte, lui confie mes désirs, mes craintes. Je la sens là, tout au fond de moi, au fond de mon c½ur, de mes entrailles, de ma chair et de mon sang. Elle n'est pas extérieure à moi, elle est en moi. Je me sens, dans ces instants-là, sereine et heureuse d'être vivante, reliée à la moindre particule de poussière, reliée au tout, reliée à l'amour.
Je ne serai jamais « la cliente » d'une secte, d'un endoctrinement. J'ai besoin de liberté et j'ai besoin d'être moi-même, sans l'influence d'un gourou ou d'un homme de religion qui me dicte ma façon de penser et d'agir. Peut-être que cette attitude est due à mes origines gitanes, à mon attachement à ce peuple incompris et persécuté. Je garde en mes cellules le goût de la liberté, du voyage et du non-attachement à la matière.
Notre vie laisse des traces, ne serait-ce que par ce que nous transmettons à nos enfants. Nous leur insufflons nos valeurs mais aussi nos peurs, nos doutes et notre combativité. Notre « spiritualité » fait aussi que nous pouvons considérer nos enfants comme des êtres à part entière et non comme des objets façonnés à notre image. Pouvoir respecter la vie, nos enfants, les personnes qui nous entourent fait que nous grandissons chaque jour un peu plus.
Les épreuves, les souffrances, la maladie ont fait que la vie prend une autre saveur, la saveur particulière de vivre « l'instant présent ». Je ne baigne pas en permanence dans la béatitude ; mon corps douloureux et ma fatigue me ramènent bien souvent à des jours « ordinaires » avec leur lot de cachets, de gélules, de douleurs qu'il va falloir apprivoiser. Mais j'ai pris conscience du bonheur simple. Simplement en vivant ma vie, je découvre petit à petit son mystère.
Je suis née dans la solitude et je m'aperçois que nous sommes seuls tout au long de notre vie. Nous mourrons dans la solitude aussi. Il y a beaucoup de monde qui accompagne notre parcours de vie mais ce sont seulement des accompagnateurs, des passeurs vers d'autres histoires, vers d'autres rêves avec d'autres personnes. Mais nous sommes seuls car uniques. Notre voyage intérieur, nous seuls, pouvons l'entre-prendre et le comprendre.
Ce cancer a été pour moi l'occasion d'abandonner ma camisole de force. Je suis beaucoup plus ouverte aux personnes qui me côtoient, j'aime les toucher, les embrasser. J'aime sentir leur amour, leurs énergies et m'impliquer dans leur vie. Dans mes rencontres, j'essaie toujours d'écouter mon c½ur et mon intuition. Je ne perds plus mon temps dans des affrontements, des disputes ; je préfère m'éloigner de ces moments stériles où maintenant mon ego ne cherche plus à imposer sa vérité.
J'aspire à être authentique, je suis en exploration intérieure, je me sens de plus en plus libre et heureuse. Ma quête est à son début... je ne sais vers quoi, ni vers qui. Elle va me mener en m'abreuvant de la dimension spirituelle de mon être... peut-être simplement au bonheur. A mon bonheur.
